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Monsieur Myriel




Quoique ce detail ne touche en aucune manire au fond meme de ce que
nous avons  raconter, il n'est peut-etre pas inutile, ne fut-ce que
pour etre exact en tout, d'indiquer ici les bruits et les propos qui
avaient couru sur son compte au moment o il etait arrive dans le
diocse. Vrai ou faux, ce qu'on dit des hommes tient souvent autant de
place dans leur vie et surtout dans leur destinee que ce qu'ils font. M.
Myriel etait fils d'un conseiller au parlement d'Aix; noblesse de robe.
On contait de lui que son pre, le reservant pour heriter de sa charge,
l'avait marie de fort bonne heure,  dix-huit ou vingt ans, suivant un
usage assez repandu dans les familles parlementaires. Charles Myriel,
nonobstant ce mariage, avait, disait-on, beaucoup fait parler de lui. Il
etait bien fait de sa personne, quoique d'assez petite taille, elegant,
gracieux, spirituel; toute la premiere partie de sa vie avait ete donnee
au monde et aux galanteries. La revolution survint, les evenements se
precipiterent, les familles parlementaires decimees, chassees, traquees,
se disperserent. M. Charles Myriel, des les premiers jours de la
revolution, emigra en Italie. Sa femme y mourut d'une maladie de
poitrine dont elle etait atteinte depuis longtemps. Ils n'avaient point
d'enfants. Que se passa-t-il ensuite dans la destinee de M. Myriel?
L'ecroulement de l'ancienne societe franaise, la chute de sa propre
famille, les tragiques spectacles de 93, plus effrayants encore
peut-etre pour les emigres qui les voyaient de loin avec le
grossissement de l'epouvante, firent-ils germer en lui des idees de
renoncement et de solitude? Fut-il, au milieu d'une de ces distractions
et de ces affections qui occupaient sa vie, subitement atteint d'un de
ces coups mysterieux et terribles qui viennent quelquefois renverser, en
le frappant au coeur, l'homme que les catastrophes publiques
n'ebranleraient pas en le frappant dans son existence et dans sa
fortune? Nul n'aurait pu le dire; tout ce qu'on savait, c'est que,
lorsqu'il revint d'Italie, il etait pretre.

En 1804, M. Myriel etait cure de Brignolles. Il etait dej vieux, et
vivait dans une retraite profonde.

Vers l'epoque du couronnement, une petite affaire de sa cure, on ne sait
plus trop quoi, l'amena  Paris. Entre autres personnes puissantes, il
alla solliciter pour ses paroissiens M. le cardinal Fesch. Un jour que
l'empereur etait venu faire visite  son oncle, le digne cure, qui
attendait dans l'antichambre, se trouva sur le passage de sa majeste.
Napoleon, se voyant regarde avec une certaine curiosite par ce
vieillard, se retourna, et dit brusquement:

--Quel est ce bonhomme qui me regarde?

--Sire, dit M. Myriel, vous regardez un bonhomme, et moi je regarde un
grand homme. Chacun de nous peut profiter.

L'empereur, le soir meme, demanda au cardinal le nom de ce cure, et
quelque temps apres M. Myriel fut tout surpris d'apprendre qu'il etait
nomme eveque de Digne.

Qu'y avait-il de vrai, du reste, dans les recits qu'on faisait sur la
premiere partie de la vie de M. Myriel? Personne ne le savait. Peu de
familles avaient connu la famille Myriel avant la revolution.

M. Myriel devait subir le sort de tout nouveau venu dans une petite
ville o il y a beaucoup de bouches qui parlent et fort peu de tetes qui
pensent. Il devait le subir, quoiqu'il fut eveque et parce qu'il etait
eveque. Mais, apres tout, les propos auxquels on melait son nom
n'etaient peut-etre que des propos; du bruit, des mots, des paroles;
moins que des paroles, des _palabres_, comme dit l'energique langue du
midi.

Quoi qu'il en fut, apres neuf ans d'episcopat et de residence  Digne,
tous ces racontages, sujets de conversation qui occupent dans le premier
moment les petites villes et les petites gens, etaient tombes dans un
oubli profond. Personne n'eut ose en parler, personne n'eut meme ose
s'en souvenir.

M. Myriel etait arrive  Digne accompagne d'une vieille fille,
mademoiselle Baptistine, qui etait sa soeur et qui avait dix ans de
moins que lui.

Ils avaient pour tout domestique une servante du meme ge que
mademoiselle Baptistine, et appelee madame Magloire, laquelle, apres
avoir ete _la servante de M. le Cure_, prenait maintenant le double
titre de femme de chambre de mademoiselle et femme de charge de
monseigneur.

Mademoiselle Baptistine etait une personne longue, ple, mince, douce;
elle realisait l'ideal de ce qu'exprime le mot respectable; car il
semble qu'il soit necessaire qu'une femme soit mere pour etre venerable.
Elle n'avait jamais ete jolie; toute sa vie, qui n'avait ete qu'une
suite de saintes oeuvres, avait fini par mettre sur elle une sorte de
blancheur et de clarte; et, en vieillissant, elle avait gagne ce qu'on
pourrait appeler la beaute de la bonte. Ce qui avait ete de la maigreur
dans sa jeunesse etait devenu, dans sa maturite, de la transparence; et
cette diaphaneite laissait voir l'ange. C'etait une me plus encore que
ce n'etait une vierge. Sa personne semblait faite d'ombre;  peine assez
de corps pour qu'il y eut l un sexe; un peu de matiere contenant une
lueur; de grands yeux toujours baisses; un pretexte pour qu'une ame
reste sur la terre.

Madame Magloire etait une petite vieille, blanche, grasse, replete,
affairee, toujours haletante,  cause de son activite d'abord, ensuite 
cause d'un asthme.

 son arrivee, on installa M. Myriel en son palais episcopal avec les
honneurs voulus par les decrets imperiaux qui classent l'eveque
immediatement apres le marechal de camp. Le maire et le president lui
firent la premiere visite, et lui de son cte fit la premiere visite au
general et au prefet.

L'installation terminee, la ville attendit son eveque  l'oeuvre.






Monsieur Myriel devient monseigneur Bienvenu


Le palais episcopal de Digne etait attenant  l'hopital.

Le palais episcopal etait un vaste et bel hotel bati en pierre au
commencement du siecle dernier par monseigneur Henri Puget, docteur en
theologie de la faculte de Paris, abbe de Simore, lequel etait eveque de
Digne . Ce palais etait un vrai logis seigneurial. Tout y avait
grand air, les appartements de l'eveque, les salons, les chambres, la
cour d'honneur, fort large, avec promenoirs  arcades, selon l'ancienne
mode florentine, les jardins plantes de magnifiques arbres. Dans la
salle  manger, longue et superbe galerie qui etait au rez-de-chaussee
et s'ouvrait sur les jardins, monseigneur Henri Puget avait donne 
manger en ceremonie  messeigneurs Charles Brulart de
Genlis, archeveque-prince d'Embrun, Antoine de Mesgrigny, capucin,
eveque de Grasse, Philippe de Vendome, grand prieur de France, abbe de
Saint-Honore de Lerins, Franois de Berton de Grillon, eveque-baron de
Vence, Cesar de Sabran de Forcalquier, eveque-seigneur de Glandeve, et
Jean Soanen, pretre de l'oratoire, predicateur ordinaire du roi,
eveque-seigneur de Senez. Les portraits de ces sept reverends
personnages decoraient cette salle, et cette date memorable, y etait gravee en lettres d'or sur une table de marbre blanc.

L'hopital etait une maison etroite et basse  un seul etage avec un
petit jardin. Trois jours apres son arrivee, l'eveque visita l'hopital.
La visite terminee, il fit prier le directeur de vouloir bien venir
jusque chez lui.

--Monsieur le directeur de l'hopital, lui dit-il, combien en ce moment
avez-vous de malades?

--Vingt-six, monseigneur.

--C'est ce que j'avais compte, dit l'eveque.

--Les lits, reprit le directeur, sont bien serres les uns contre les
autres.

--C'est ce que j'avais remarque.

--Les salles ne sont que des chambres, et l'air s'y renouvelle
difficilement.

--C'est ce qui me semble.

--Et puis, quand il y a un rayon de soleil, le jardin est bien petit
pour les convalescents.

--C'est ce que je me disais.

--Dans les epidemies, nous avons eu cette annee le typhus, nous avons eu
une suette militaire il y a deux ans, cent malades quelquefois; nous ne
savons que faire.

--C'est la pensee qui m'etait venue.

--Que voulez-vous, monseigneur? dit le directeur, il faut se resigner.

Cette conversation avait lieu dans la salle  manger-galerie du
rez-de-chaussee. L'eveque garda un moment le silence, puis il se tourna
brusquement vers le directeur de l'hopital:

--Monsieur, dit-il, combien pensez-vous qu'il tiendrait de lits rien que
dans cette salle?

--La salle  manger de monseigneur! s'ecria le directeur stupefait.

L'eveque parcourait la salle du regard et semblait y faire avec les yeux
des mesures et des calculs.

--Il y tiendrait bien vingt lits! dit-il, comme se parlant  lui-meme.

Puis elevant la voix:

--Tenez, monsieur le directeur de l'hopital, je vais vous dire. Il y a
evidemment une erreur. Vous etes vingt-six personnes dans cinq ou six
petites chambres. Nous sommes trois ici, et nous avons place pour
soixante. Il y a erreur, je vous dis. Vous avez mon logis, et j'ai le
votre. Rendez-moi ma maison. C'est ici chez vous.

Le lendemain, les vingt-six pauvres etaient installes dans le palais de
l'eveque et l'eveque etait  l'hopital.

M. Myriel n'avait point de bien, sa famille ayant ete ruinee par la
revolution. Sa soeur touchait une rente viagere de cinq cents francs
qui, au presbytere, suffisait  sa depense personnelle. M. Myriel
recevait de l'etat comme eveque un traitement de quinze mille francs. Le
jour meme o il vint se loger dans la maison de l'hopital, M. Myriel
determina l'emploi de cette somme une fois pour toutes de la maniere
suivante. Nous transcrivons ici une note ecrite de sa main.

_Note pour regler les depenses de ma maison._

_Pour le petit seminaire: quinze cents livres_
_Congregation de la mission: cent livres_
_Pour les lazaristes de Montdidier: cent livres_
_Seminaire des missions etrangeres  Paris: deux cents livres_
_Congregation du Saint-Esprit: cent cinquante livres_
_etablissements religieux de la Terre-Sainte: cent livres_
_Societes de charite maternelle: trois cents livres_
_En sus, pour celle d'Arles: cinquante livres_
_OEuvre pour l'amelioration des prisons: quatre cents livres_
_OEuvre pour le soulagement et la delivrance des prisonniers: cinq cents
livres_
_Pour liberer des peres de famille prisonniers pour dettes: mille livres_
_Supplement au traitement des pauvres matres d'ecole du diocese: deux
mille livres_
_Grenier d'abondance des Hautes-Alpes: cent livres_
_Congregation des dames de Digne, de Manosque et de Sisteron,
pour l'enseignement gratuit des filles indigentes: quinze cents livres_
_Pour les pauvres: six mille livres_
_Ma depense personnelle: mille livres_

Total: _quinze mille livres_

Pendant tout le temps qu'il occupa le siege de Digne, M. Myriel ne
changea presque rien  cet arrangement. Il appelait cela, comme on voit,
_avoir regle les depenses de sa maison_.

Cet arrangement fut accepte avec une soumission absolue par mademoiselle
Baptistine. Pour cette sainte fille, M. de Digne etait tout  la fois
son frere et son eveque, son ami selon la nature et son superieur selon
l'eglise. Elle l'aimait et elle le venerait tout simplement. Quand il
parlait, elle s'inclinait; quand il agissait, elle adherait. La servante
seule, madame Magloire, murmura un peu. M. l'eveque, on l'a pu
remarquer, ne s'etait reserve que mille livres, ce qui, joint  la
pension de mademoiselle Baptistine, faisait quinze cents francs par an.
Avec ces quinze cents francs, ces deux vieilles femmes et ce vieillard
vivaient.

Et quand un cure de village venait  Digne, M. l'eveque trouvait encore
moyen de le traiter, grace  la severe economie de madame Magloire et 
l'intelligente administration de mademoiselle Baptistine.

Un jour--il etait  Digne depuis environ trois mois--l'eveque dit:

--Avec tout cela je suis bien gene!

--Je le crois bien! s'ecria madame Magloire, Monseigneur n'a seulement
pas reclame la rente que le departement lui doit pour ses frais de
carrosse en ville et de tournees dans le diocese. Pour les eveques
d'autrefois c'etait l'usage.

--Tiens! dit l'eveque, vous avez raison, madame Magloire.

Il fit sa reclamation.

Quelque temps apres, le conseil general, prenant cette demande en
consideration, lui vota une somme annuelle de trois mille francs, sous
cette rubrique: _Allocation  M. l'eveque pour frais de carrosse, frais
de poste et frais de tournees pastorales_.

Cela fit beaucoup crier la bourgeoisie locale, et,  cette occasion, un
senateur de l'empire, ancien membre du conseil des cinq-cents favorable
au dix-huit brumaire et pourvu pres de la ville de Digne d'une
senatorerie magnifique, ecrivit au ministre des cultes, M. Bigot de
Preameneu, un petit billet irrite et confidentiel dont nous extrayons
ces lignes authentiques:

--Des frais de carrosse? pourquoi faire dans une ville de moins de
quatre mille habitants? Des frais de poste et de tournees?  quoi bon
ces tournees d'abord? ensuite comment courir la poste dans un pays de
montagnes? Il n'y a pas de routes. On ne va qu'a cheval. Le pont meme de
la Durance a Chateau-Arnoux peut a peine porter des charrettes a boeufs.
Ces pretres sont tous ainsi. Avides et avares. Celui-ci a fait le bon
apotre en arrivant. Maintenant il fait comme les autres. Il lui faut
carrosse et chaise de poste. Il lui faut du luxe comme aux anciens
eveques. Oh! toute cette pretraille! Monsieur le comte, les choses
n'iront bien que lorsque l'empereur nous aura delivres des calotins. A
bas le pape! (les affaires se brouillaient avec Rome). Quant a moi, je
suis pour Cesar tout seul. Etc., etc.

La chose, en revanche, rejouit fort madame Magloire.

--Bon, dit-elle a mademoiselle Baptistine, Monseigneur a commence par
les autres, mais il a bien fallu qu'il finit par lui-meme. Il a regle
toutes ses charites. Voila trois mille livres pour nous. Enfin!

Le soir meme, l'eveque ecrivit et remit a sa soeur une note ainsi
conue:

_Frais de carrosse et de tournees._

_Pour donner du bouillon de viande aux malades de l'hopital: quinze
cents livres_
_Pour la societe de charite maternelle d'Aix: deux cent cinquante livres_
_Pour la societe de charite maternelle de Draguignan: deux cent cinquante
livres_
_Pour les enfants trouves: cinq cents livres_
_Pour les orphelins: cinq cents livres_

Total: _trois mille livres_

Tel etait le budget de M. Myriel.

Quant au casuel episcopal, rachats de bans, dispenses, ondoiements,
predications, benedictions d'eglises ou de chapelles, mariages, etc.,
l'eveque le percevait sur les riches avec d'autant plus d'aprete qu'il
le donnait aux pauvres.

Au bout de peu de temps, les offrandes d'argent affluerent. Ceux qui ont
et ceux qui manquent frappaient a la porte de M. Myriel, les uns venant
chercher l'aumone que les autres venaient y deposer. L'eveque, en moins
d'un an, devint le tresorier de tous les bienfaits et le caissier de
toutes les detresses. Des sommes considerables passaient par ses mains;
mais rien ne put faire qu'il changeat quelque chose a son genre de vie
et qu'il ajoutat le moindre superflu a son necessaire.

Loin de la. Comme il y a toujours encore plus de misere en bas que de
fraternite en haut, tout etait donne, pour ainsi dire, avant d'etre
reu; c'etait comme de l'eau sur une terre seche; il avait beau recevoir
de l'argent, il n'en avait jamais. Alors il se depouillait.

L'usage etant que les eveques enoncent leurs noms de bapteme en tete de
leurs mandements et de leurs lettres pastorales, les pauvres gens du
pays avaient choisi, avec une sorte d'instinct affectueux, dans les noms
et prenoms de l'eveque, celui qui leur presentait un sens, et ils ne
l'appelaient que monseigneur Bienvenu. Nous ferons comme eux, et nous le
nommerons ainsi dans l'occasion. Du reste, cette appellation lui
plaisait.

--J'aime ce nom-la, disait-il. Bienvenu corrige monseigneur.

Nous ne pretendons pas que le portrait que nous faisons ici soit
vraisemblable; nous nous bornons a dire qu'il est ressemblant.






A bon eveque dur eveche


M. l'eveque, pour avoir converti son carrosse en aumones, n'en faisait
pas moins ses tournees. C'est un diocese fatigant que celui de Digne. Il
a fort peu de plaines, beaucoup de montagnes, presque pas de routes, on
l'a vu tout a l'heure; trente-deux cures, quarante et un vicariats et
deux cent quatre-vingt-cinq succursales. Visiter tout cela, c'est une
affaire. M. l'eveque en venait a bout. Il allait a pied quand c'etait
dans le voisinage, en carriole dans la plaine, en cacolet dans la
montagne. Les deux vieilles femmes l'accompagnaient. Quand le trajet
etait trop penible pour elles, il allait seul.

Un jour, il arriva a Senez, qui est une ancienne ville episcopale, monte
sur un ane. Sa bourse, fort a sec dans ce moment, ne lui avait pas
permis d'autre equipage. Le maire de la ville vint le recevoir a la
porte de l'eveche et le regardait descendre de son ane avec des yeux
scandalises. Quelques bourgeois riaient autour de lui.

--Monsieur le maire, dit l'eveque, et messieurs les bourgeois, je vois
ce qui vous scandalise; vous trouvez que c'est bien de l'orgueil a un
pauvre pretre de monter une monture qui a ete celle de Jesus-Christ. Je
l'ai fait par necessite, je vous assure, non par vanite.

Dans ses tournees, il etait indulgent et doux, et prechait moins qu'il
ne causait. Il ne mettait aucune vertu sur un plateau inaccessible. Il
n'allait jamais chercher bien loin ses raisonnements et ses modeles.
Aux habitants d'un pays il citait l'exemple du pays voisin. Dans les
cantons o l'on etait dur pour les necessiteux, il disait:

--Voyez les gens de Brianon. Ils ont donne aux indigents, aux veuves et
aux orphelins le droit de faire faucher leurs prairies trois jours avant
tous les autres. Ils leur rebatissent gratuitement leurs maisons quand
elles sont en ruines. Aussi est-ce un pays beni de Dieu. Durant tout un
siecle de cent ans, il n'y a pas eu un meurtrier.

Dans les villages apres au gain et a la moisson, il disait:

--Voyez ceux d'Embrun. Si un pere de famille, au temps de la recolte, a
ses fils au service a l'armee et ses filles en service a la ville, et
qu'il soit malade et empeche, le cure le recommande au prone; et le
dimanche, apres la messe, tous les gens du village, hommes, femmes,
enfants, vont dans le champ du pauvre homme lui faire sa moisson, et lui
rapportent paille et grain dans son grenier.

Aux familles divisees par des questions d'argent et d'heritage, il
disait:

--Voyez les montagnards de Devoluy, pays si sauvage qu'on n'y entend pas
le rossignol une fois en cinquante ans. Eh bien, quand le pere meurt
dans une famille, les garons s'en vont chercher fortune, et laissent le
bien aux filles, afin qu'elles puissent trouver des maris.

Aux cantons qui ont le gout des proces et o les fermiers se ruinent en
papier timbre, il disait:

--Voyez ces bons paysans de la vallee de Queyras. Ils sont la trois
mille ames. Mon Dieu! c'est comme une petite republique. On n'y connait
ni le juge, ni l'huissier. Le maire fait tout. Il repartit l'impot, taxe
chacun en conscience, juge les querelles gratis, partage les patrimoines
sans honoraires, rend des sentences sans frais; et on lui obeit, parce
que c'est un homme juste parmi des hommes simples.

Aux villages o il ne trouvait pas de maitre d'ecole, il citait encore
ceux de Queyras:

--Savez-vous comment ils font? disait-il. Comme un petit pays de douze
ou quinze feux ne peut pas toujours nourrir un magister, ils ont des
maitres d'ecole payes par toute la vallee qui parcourent les villages,
passant huit jours dans celui-ci, dix dans celui-la, et enseignant. Ces
magisters vont aux foires, o je les ai vus. On les reconnait a des
plumes a ecrire qu'ils portent dans la ganse de leur chapeau. Ceux qui
n'enseignent qu'a lire ont une plume, ceux qui enseignent la lecture et
le calcul ont deux plumes; ceux qui enseignent la lecture, le calcul et
le latin ont trois plumes. Ceux-la sont de grands savants. Mais quelle
honte d'etre ignorants! Faites comme les gens de Queyras.

Il parlait ainsi, gravement et paternellement, a defaut d'exemples
inventant des paraboles, allant droit au but, avec peu de phrases et
beaucoup d'images, ce qui etait l'eloquence meme de Jesus-Christ,
convaincu et persuadant.






Les oeuvres semblables aux paroles


Sa conversation etait affable et gaie. Il se mettait a la portee des
deux vieilles femmes qui passaient leur vie pres de lui; quand il riait,
c'etait le rire d'un ecolier.

Madame Magloire l'appelait volontiers _Votre Grandeur_. Un jour, il se
leva de son fauteuil et alla a sa bibliotheque chercher un livre. Ce
livre etait sur un des rayons d'en haut. Comme l'eveque etait d'assez
petite taille, il ne put y atteindre.

--Madame Magloire, dit-il, apportez-moi une chaise. Ma grandeur ne va
pas jusqu'a cette planche.

Une de ses parentes eloignees, madame la comtesse de Lo, laissait
rarement echapper une occasion d'enumerer en sa presence ce qu'elle
appelait les esperances de ses trois fils. Elle avait plusieurs
ascendants fort vieux et proches de la mort dont ses fils etaient
naturellement les heritiers. Le plus jeune des trois avait a recueillir
d'une grand'tante cent bonnes mille livres de rentes; le deuxieme etait
substitue au titre de duc de son oncle; l'aine devait succeder a la
pairie de son aeul. L'eveque ecoutait habituellement en silence ces
innocents et pardonnables etalages maternels. Une fois pourtant, il
paraissait plus reveur que de coutume, tandis que madame de Lo
renouvelait le detail de toutes ces successions et de toutes ces
esperances. Elle s'interrompit avec quelque impatience:

--Mon Dieu, mon cousin! mais a quoi songez-vous donc?

--Je songe, dit l'eveque, a quelque chose de singulier qui est, je
crois, dans saint Augustin: Mettez votre esperance dans celui auquel on
ne succede point.

Une autre fois, recevant une lettre de faire-part du deces d'un
gentilhomme du pays, o s'etalaient en une longue page, outre les
dignites du defunt, toutes les qualifications feodales et nobiliaires de
tous ses parents:

--Quel bon dos a la mort! s'ecria-t-il. Quelle admirable charge de
titres on lui fait allegrement porter, et comme il faut que les hommes
aient de l'esprit pour employer ainsi la tombe a la vanite!

Il avait dans l'occasion une raillerie douce qui contenait presque
toujours un sens serieux. Pendant un careme, un jeune vicaire vint a
Digne et precha dans la cathedrale. Il fut assez eloquent. Le sujet de
son sermon etait la charite. Il invita les riches a donner aux
indigents, afin d'eviter l'enfer qu'il peignit le plus effroyable qu'il
put et de gagner le paradis qu'il fit desirable et charmant. Il y avait
dans l'auditoire un riche marchand retire, un peu usurier, nomme M.
Geborand, lequel avait gagne un demi-million a fabriquer de gros draps,
des serges, des cadis et des gasquets. De sa vie M. Geborand n'avait
fait l'aumone a un malheureux. A partir de ce sermon, on remarqua qu'il
donnait tous les dimanches un sou aux vieilles mendiantes du portail de
la cathedrale. Elles etaient six a se partager cela. Un jour, l'eveque
le vit faisant sa charite et dit a sa soeur avec un sourire:

--Voila monsieur Geborand qui achete pour un sou de paradis.

Quand il s'agissait de charite, il ne se rebutait pas, meme devant un
refus, et il trouvait alors des mots qui faisaient reflechir. Une fois,
il quetait pour les pauvres dans un salon de la ville. Il y avait la le
marquis de Champtercier, vieux, riche, avare, lequel trouvait moyen
d'etre tout ensemble ultra-royaliste et ultra-voltairien. Cette variete
a existe. L'eveque, arrive a lui, lui toucha le bras.

--Monsieur le marquis, il faut que vous me donniez quelque chose.

Le marquis se retourna et repondit sechement:

--Monseigneur, j'ai mes pauvres.

--Donnez-les-moi, dit l'eveque.

Un jour, dans la cathedrale, il fit ce sermon.

Mes tres chers freres, mes bons amis, il y a en France treize cent
vingt mille maisons de paysans qui n'ont que trois ouvertures, dix-huit
cent dix-sept mille qui ont deux ouvertures, la porte et une fenetre, et
enfin trois cent quarante-six mille cabanes qui n'ont qu'une ouverture,
la porte. Et cela, a cause d'une chose qu'on appelle l'impot des portes
et fenetres. Mettez-moi de pauvres familles, des vieilles femmes, des
petits enfants, dans ces logis-la, et voyez les fievres et les maladies.
Helas! Dieu donne l'air aux hommes, la loi le leur vend. Je n'accuse pas
la loi, mais je benis Dieu. Dans l'Isere, dans le Var, dans les deux
Alpes, les hautes et les basses, les paysans n'ont pas meme de
brouettes, ils transportent les engrais a dos d'hommes; ils n'ont pas de
chandelles, et ils brulent des batons resineux et des bouts de corde
trempes dans la poix resine. C'est comme cela dans tout le pays haut du
Dauphine. Ils font le pain pour six mois, ils le font cuire avec de la
bouse de vache sechee. L'hiver, ils cassent ce pain a coups de hache et
ils le font tremper dans l'eau vingt-quatre heures pour pouvoir le
manger.--Mes freres, ayez pitie! voyez comme on souffre autour de vous.

Ne provenal, il s'etait facilement familiarise avec tous les patois du
midi. Il disait: _Eh be! moussu, ses sage?_ comme dans le bas
Languedoc. _Onte anaras passa?_ comme dans les basses Alpes. _Puerte
un bouen moutou embe un bouen froumage grase_, comme dans le haut
Dauphine. Ceci plaisait au peuple, et n'avait pas peu contribue a lui
donner acces pres de tous les esprits. Il etait dans la chaumiere et
dans la montagne comme chez lui. Il savait dire les choses les plus
grandes dans les idiomes les plus vulgaires. Parlant toutes les langues,
il entrait dans toutes les ames. Du reste, il etait le meme pour les
gens du monde et pour les gens du peuple. Il ne condamnait rien
hativement, et sans tenir compte des circonstances environnantes. Il
disait:

--Voyons le chemin par o la faute a passe.

etant, comme il se qualifiait lui-meme en souriant, un _ex-pecheur_, il
n'avait aucun des escarpements du rigorisme, et il professait assez
haut, et sans le froncement de sourcil des vertueux feroces, une
doctrine qu'on pourrait resumer a peu pres ainsi:

L'homme a sur lui la chair qui est tout a la fois son fardeau et sa
tentation. Il la traine et lui cede.

Il doit la surveiller, la contenir, la reprimer, et ne lui obeir qu'a
la derniere extremite. Dans cette obeissance-la, il peut encore y avoir
de la faute; mais la faute, ainsi faite, est venielle. C'est une chute,
mais une chute sur les genoux, qui peut s'achever en priere.

etre un saint, c'est l'exception; etre un juste, c'est la regle. Errez,
defaillez, pechez, mais soyez des justes.

Le moins de peche possible, c'est la loi de l'homme. Pas de peche du
tout est le reve de l'ange. Tout ce qui est terrestre est soumis au
peche. Le peche est une gravitation.

Quand il voyait tout le monde crier bien fort et s'indigner bien vite:

--Oh! oh! disait-il en souriant, il y a apparence que ceci est un gros
crime que tout le monde commet. Voila les hypocrisies effarees qui se
depechent de protester et de se mettre a couvert.

Il etait indulgent pour les femmes et les pauvres sur qui pese le poids
de la societe humaine. Il disait:

--Les fautes des femmes, des enfants, des serviteurs, des faibles, des
indigents et des ignorants sont la faute des maris, des peres, des
maitres, des forts, des riches et des savants.

Il disait encore:

--A ceux qui ignorent, enseignez-leur le plus de choses que vous
pourrez; la societe est coupable de ne pas donner l'instruction gratis;
elle repond de la nuit qu'elle produit. Cette ame est pleine d'ombre, le
peche s'y commet. Le coupable n'est pas celui qui y fait le peche, mais
celui qui y a fait l'ombre.

Comme on voit, il avait une maniere etrange et a lui de juger les
choses. Je souponne qu'il avait pris cela dans l'evangile.

Il entendit un jour conter dans un salon un proces criminel qu'on
instruisait et qu'on allait juger. Un miserable homme, par amour pour
une femme et pour l'enfant qu'il avait d'elle, a bout de ressources,
avait fait de la fausse monnaie. La fausse monnaie etait encore punie de
mort a cette epoque. La femme avait ete arretee emettant la premiere
piece fausse fabriquee par l'homme. On la tenait, mais on n'avait de
preuves que contre elle. Elle seule pouvait charger son amant et le
perdre en avouant. Elle nia. On insista. Elle s'obstina a nier. Sur ce,
le procureur du roi avait eu une idee. Il avait suppose une infidelite
de l'amant, et etait parvenu, avec des fragments de lettres savamment
presentes, a persuader a la malheureuse qu'elle avait une rivale et que
cet homme la trompait. Alors, exasperee de jalousie, elle avait denonce
son amant, tout avoue, tout prouve. L'homme etait perdu. Il allait etre
prochainement juge a Aix avec sa complice. On racontait le fait, et
chacun s'extasiait sur l'habilete du magistrat. En mettant la jalousie
en jeu, il avait fait jaillir la verite par la colere, il avait fait
sortir la justice de la vengeance. L'eveque ecoutait tout cela en
silence. Quand ce fut fini, il demanda:

--O jugera-t-on cet homme et cette femme?

--A la cour d'assises.

Il reprit:

--Et o jugera-t-on monsieur le procureur du roi?

Il arriva a Digne une aventure tragique. Un homme fut condamne a mort
pour meurtre. C'etait un malheureux pas tout a fait lettre, pas tout a
fait ignorant, qui avait ete bateleur dans les foires et ecrivain
public. Le proces occupa beaucoup la ville. La veille du jour fixe pour
l'execution du condamne, l'aumonier de la prison tomba malade. Il
fallait un pretre pour assister le patient a ses derniers moments. On
alla chercher le cure. Il parait qu'il refusa en disant: Cela ne me
regarde pas. Je n'ai que faire de cette corvee et de ce saltimbanque;
moi aussi, je suis malade; d'ailleurs ce n'est pas la ma place. On
rapporta cette reponse a l'eveque qui dit:

--Monsieur le cure a raison. Ce n'est pas sa place, c'est la mienne.

Il alla sur-le-champ a la prison, il descendit au cabanon du
saltimbanque, il l'appela par son nom, lui prit la main et lui parla.
Il passa toute la journee et toute la nuit pres de lui, oubliant la
nourriture et le sommeil, priant Dieu pour l'ame du condamne et priant
le condamne pour la sienne propre. Il lui dit les meilleures verites qui
sont les plus simples. Il fut pere, frere, ami; eveque pour benir
seulement. Il lui enseigna tout, en le rassurant et en le consolant. Cet
homme allait mourir desespere. La mort etait pour lui comme un abime.
Debout et fremissant sur ce seuil lugubre, il reculait avec horreur. Il
n'etait pas assez ignorant pour etre absolument indifferent. Sa
condamnation, secousse profonde, avait en quelque sorte rompu a et la
autour de lui cette cloison qui nous separe du mystere des choses et que
nous appelons la vie. Il regardait sans cesse au dehors de ce monde par
ces breches fatales, et ne voyait que des tenebres. L'eveque lui fit
voir une clarte.

Le lendemain, quand on vint chercher le malheureux, l'eveque etait la.
Il le suivit. Il se montra aux yeux de la foule en camail violet et avec
sa croix episcopale au cou, cote a cote avec ce miserable lie de cordes.

Il monta sur la charrette avec lui, il monta sur l'echafaud avec lui. Le
patient, si morne et si accable la veille, etait rayonnant. Il sentait
que son ame etait reconciliee et il esperait Dieu. L'eveque l'embrassa,
et, au moment o le couteau allait tomber, il lui dit:

--Celui que l'homme tue, Dieu le ressuscite; celui que les freres
chassent retrouve le Pere. Priez, croyez, entrez dans la vie! le Pere
est la.

Quand il redescendit de l'echafaud, il avait quelque chose dans son
regard qui fit ranger le peuple. On ne savait ce qui etait le plus
admirable de sa paleur ou de sa serenite. En rentrant a cet humble logis
qu'il appelait en souriant son palais, il dit a sa soeur:

--Je viens d'officier pontificalement.

Comme les choses les plus sublimes sont souvent aussi les choses les
moins comprises, il y eut dans la ville des gens qui dirent, en
commentant cette conduite de l'eveque: C'est de l'affectation. Ceci ne
fut du reste qu'un propos de salons. Le peuple, qui n'entend pas malice
aux actions saintes, fut attendri et admira.

Quant a l'eveque, avoir vu la guillotine fut pour lui un choc, et il fut
longtemps a s'en remettre.

L'echafaud, en effet, quand il est la, dresse et debout, a quelque chose
qui hallucine. On peut avoir une certaine indifference sur la peine de
mort, ne point se prononcer, dire oui et non, tant qu'on n'a pas vu de
ses yeux une guillotine; mais si l'on en rencontre une, la secousse est
violente, il faut se decider et prendre parti pour ou contre. Les uns
admirent, comme de Maistre; les autres execrent, comme Beccaria. La
guillotine est la concretion de la loi; elle se nomme _vindicte;_ elle
n'est pas neutre, et ne vous permet pas de rester neutre. Qui l'aperoit
frissonne du plus mysterieux des frissons. Toutes les questions sociales
dressent autour de ce couperet leur point d'interrogation. L'echafaud
est vision. L'echafaud n'est pas une charpente, l'echafaud n'est pas une
machine, l'echafaud n'est pas une mecanique inerte faite de bois, de fer
et de cordes. Il semble que ce soit une sorte d'etre qui a je ne sais
quelle sombre initiative; on dirait que cette charpente voit, que cette
machine entend, que cette mecanique comprend, que ce bois, ce fer et ces
cordes veulent. Dans la reverie affreuse o sa presence jette l'ame,
l'echafaud apparait terrible et se melant de ce qu'il fait. L'echafaud
est le complice du bourreau; il devore; il mange de la chair, il boit du
sang. L'echafaud est une sorte de monstre fabrique par le juge et par le
charpentier, un spectre qui semble vivre d'une espece de vie
epouvantable faite de toute la mort qu'il a donnee.

Aussi l'impression fut-elle horrible et profonde; le lendemain de
l'execution et beaucoup de jours encore apres, l'eveque parut accable.
La serenite presque violente du moment funebre avait disparu: le fantome
de la justice sociale l'obsedait. Lui qui d'ordinaire revenait de toutes
ses actions avec une satisfaction si rayonnante, il semblait qu'il se
fit un reproche. Par moments, il se parlait a lui-meme, et begayait a
demi-voix des monologues lugubres. En voici un que sa soeur entendit un
soir et recueillit:

--Je ne croyais pas que cela fut si monstrueux. C'est un tort de
s'absorber dans la loi divine au point de ne plus s'apercevoir de la loi
humaine. La mort n'appartient qu'a Dieu. De quel droit les hommes
touchent-ils a cette chose inconnue?

Avec le temps ces impressions s'attenuerent, et probablement
s'effacerent. Cependant on remarqua que l'eveque evitait desormais de
passer sur la place des executions. On pouvait appeler M. Myriel a toute
heure au chevet des malades et des mourants. Il n'ignorait pas que la
etait son plus grand devoir et son plus grand travail. Les familles
veuves ou orphelines n'avaient pas besoin de le demander, il arrivait de
lui-meme. Il savait s'asseoir et se taire de longues heures aupres de
l'homme qui avait perdu la femme qu'il aimait, de la mere qui avait
perdu son enfant. Comme il savait le moment de se taire, il savait aussi
le moment de parler. o admirable consolateur! il ne cherchait pas a
effacer la douleur par l'oubli, mais a l'agrandir et a la dignifier par
l'esperance. Il disait:

--Prenez garde a la faon dont vous vous tournez vers les morts. Ne
songez pas a ce qui pourrit. Regardez fixement. Vous apercevrez la lueur
vivante de votre mort bien-aime au fond du ciel.

Il savait que la croyance est saine. Il cherchait a conseiller et a
calmer l'homme desespere en lui indiquant du doigt l'homme resigne, et a
transformer la douleur qui regarde une fosse en lui montrant la douleur
qui regarde une etoile.

